On y est, on y est. Plus d'une heure que ce crétin qui sait à peine conduire nous mène dans cet endroit. Nous sommes dans des petites ruelles, pas loin d'un bois sombre qui me glacerait presque le sang, mais de toute façon, mon cerveau déconnecté m'empêche toute peur aussi réaliste qu'elle soit. Andreas conduit, et je doit dire que j'aimerai qu'il aille un peu plus vite. Mon sang manque cruellement de cette dose mortelle qui me fait pourtant vivre. Je suis littéralement affolé, fou, impatient à l'idée de recevoir cette dose. D'ailleurs, je gratte machinalement mon bras qui est rouge sang à force de nombreuses pressions avec mes ongles. Andreas le remarque et me gronde comme un gamin.:
- Bill! Ca suffit, on arrive. J'arrive bien à me contenir moi.!
Je fais mine de ne pas entendre et ne lève pas les yeux vers lui. Andreas, c'est mon meilleur ami depuis toujours. C'est un joli blond platine plein de charme et d'humour. Il est grand, mince mais pas trop et franchement mignon. Autant vous dire qu'il a de la chance d'être mon ami, ou pas finalement, mais quoi qu'il en soit, l'envie de me faire prendre par ce beau blond à déjà effleuré mon esprit. Seulement, je dois être un trop bon ami, et jamais je ne lui ai fait part de mes fantasmes plus où moins étranges. De la maternelle jusqu'à maintenant, on s'est rarement quitté et les plus grosses conneries, c'est ensemble qu'on les fait. Et en parlant de connerie, celle ci me rappelle que je crèverai presque si dans les dix prochaines minutes, je n'ai pas cette putain de dose d'héroïne sous la main. Je me contente de soupirer longuement en prenant mon mal en patience. Je jette un coup d'½il dans le miroir du pare soleil et constate que mon temps pâle en temps normal est devenu carrément cadavérique. J'en frissonne et prends peur le temps de quelques secondes. Puis mon esprit déluré se concentre sur autre chose, j'en oublie d'ailleurs toute notion d'esthétique. Andreas se gare enfin et je détache ma ceinture à une vitesse folle, déjà hors de la voiture, claquant la porte.
- Vite Andi, vite, par pitié.
Je tremble, le manque de cette foutue drogue dure me tue à petit feu. Je n'ai pourtant pas l'impression de succomber, au contraire, mes nerfs agités me tiennent bien debout et je sautille presque sur pieds pour activer mon meilleur ami. Il le voit et accélère le pas en me prenant le bras. Nous marchons vers cette grange. Je remarque alors que nous sommes dans une zone artisanale, un peu étrange mais surtout foutrement calme. Je n'avais même pas remarqué le changement de paysage. Andreas contourne la grange, visiblement conscient de ce qu'il fait. De toute manière je ne suis pas apte mentalement à négocier, il me tire par le bras et nous amène à une camionnette grise garée derrière le bâtiment. Je lève la tête vers Andreas et remarque qu'un sourire illumine à présent son visage, je souris aussi, comprenant que cette camionnette n'est qu'un simple repère de dealeur. C'est à mon tour de tirer Andreas avec moi et je cours presque jusqu'au véhicule que deux hommes surveillent. Nous arrivons à proximité des hommes et Andreas se poste devant eux, à l'aise.
- Salut les mecs. Je suis venu avec mon ami Bill ce soir. D'habitude c'est moi qui vient chercher de quoi le calmer.
- Pas de soucis Andi. On a ce que tu veux.
Un des homme me souris très franchement et Andreas le remarque. Il soupire et prends de quoi nous droguer, peu importe comment, il paye et nous avançons vers la voiture, de nouveau.
- Tu fais toujours autant d'effet toi.
- Oh ça va hein, il était trop vieux de toute manière.
Andreas rit et nous entrons dans la voiture. Je me jette littéralement sur la boite à gants qui cache des aiguilles. J'en prends une, prends une dose d'héroïne et prépare le tout sous l'½il amusé de mon meilleur ami qui lui, prépare un rail de coke qui me donne tout autant envie. D'un geste assuré, habitué même, j'enfonce l'aiguille et m'injecte ma dose de poison dans les veines. Je gémis et ferme les yeux en sentant le produit couler dans mon corps, ma tête bascule en arrière et je ne pense plus à rien durant quelques instants. Mon corps tremble et c'est d'un geste fragile que je jette l'aiguille par la fenêtre.
- Han putain...
L'effet ressenti est incroyable. Je tremble, je suffoque, mes yeux restent clos par tant de plaisir et de douleur en même temps. C'est simple, je jouirais presque de mon état. Saleté de drogue, dans quoi je me suis embarqué.
Pendant ce temps, Andreas inspire franchement sa dose. Il jubile tout comme moi et finit par reprendre le volant dans un état second, conscient du suicide probable qui vient à nous. Double suicide même. Prendre la voiture dans son état, et tout simplement se droguer. A cette pensée, ma gorge se noue et je déglutis difficilement. Tandis que finalement, Andreas me raccompagne chez moi prudemment et en vie.
- Bonne nuit Bill. Rentres bien.
- Merci Andi. A plus tard.
Je sors de la voiture avec un petit sac rempli de drogues et je marche d'un pas pressé jusqu'à mon appartement. J'y entre le plus discrètement possible et pose le sac sur la table basse. Je retire mes chaussures et ma veste et m'affale dans le canapé. Je me penche vers le sac et sors de quoi me faire un rail. Chose que je fais rapidement, me laissant encore une fois sous le plaisir et paradoxalement la douleur du poison qui pénètre chaque partie de mon cerveau, contrôlant d'une force déconcertante mon corps tout entier. Je ne sais pas combien de temps passe entre le moment où je me suis enivré de cette poudre et le moment ou j'ai eu ce trou noir, mais j'ai loupé un moment de ma nuit. En effet, j'ouvre un ½il, puis l'autre, grimaçant et grognant face à la lumière du jour, me rendant compte que je n'avais pas prit la peine de fermer mes volets, bravo Bill. Je regarde mon réveille, il est onze heures du matin. Je n'ai pas du beaucoup dormir mais qu'importe, je ne sais même pas comment je me suis retrouvé dans mon lit, déshabillé et je sais encore moins où j'ai trouvé la force de me lever de mon canapé.Je m'assois sur le lit en frottant mes yeux gonflés, et sens ma tête qui me fait mal. Le paracétamol va être le bienvenu dans mon petit déjeuné. Je me lève doucement et me dirige vers la salle de bain, le regard vide et les membres tremblants, comme tous les matins. Oui, vous l'aurez compris, je ne suis absolument pas du tout du matin. Qu'importe, j'entre dans ma douche après avoir retiré mon boxer et je soupire d'aise sous la chaleur de l'eau qui entoure mon corps, restant un long moment sous l'eau sans bouger. Je me lave, je m'essuie, je m'habille et je vais d'un pas lent vers ma cuisine pour déjeuner. Je sors de quoi me remplir l'estomac ainsi que de quoi me soigner et mange tranquillement. Je rêvasse éveillé pendant quelques minutes. Un bruit sourd venant du couloir me sort de mes songes. Je sursaute. Deux solution s'offrent à moi. Soit on essaye de défoncer ma porte à l'aide d'un tronc, soit les flics sont à ma cherche. Je me lève d'un bond et cours cacher la drogue, avec la chance que j'ai je préfère être sacrement prudent. Je décide ensuite d'ouvrir la porte.
- Vous pouvez pas faire moins de bruit ou éviter de défoncer ma...
L'image qui s'offre à moi me sèche violemment la gorge. Un jeune homme, blond, dreadé, beau comme un dieu et surtout assommé, visiblement par ma porte se tient assis devant moi, le visage un peu surpris par mon énervement puis mon silence soudain. Il lève ses yeux vers moi et son regard noisette s'ancre dans le mien. Bon, c'est qui ce con qui vient de bon matin me troubler autant?
- Excusez-moi, je suis tombé des escaliers, et votre porte est juste en face...
Je le regarde un instant. Il me sourit, visiblement gêné de sa chute, et moi je l'engueule comme un poisson pourri, bravo Bill, bravo. J'adoucis mon regard et lui souris en m'accroupissant vers lui, lui tendant une main.
- Non, je vous en prie. Vous pouvez vous lever?
Il prend ma main et se relève en frottant sa nuque, me sourit et me remercie plusieurs fois. Et tente de retrouver une allure convenable, il point du doigt les cartons à terre.
- Je suis votre nouveau voisin. L'appartement juste en haut. Tom, je m'appelle Tom.
- Je suis Bill. Et ne me vouvoies pas, je n'ai pas quarante ans.
Il sourit de plus belle, me laissant admirer le parfait alignement de ses belles dents, ce mec à le sourire le plus parfait que j'ai jamais vu agrémenté d'un joli piercing au labret. Il doit d'ailleurs se rendre compte que mes yeux sont posés sur ses lèvres depuis plusieurs secondes parce qu'il échappe un petit rire moqueur en me coupant dans mon matage.
- Il te plait mon piercing?
Je hausse un sourcil et me recule vivement en rougissant surement étant donné la chaleur que je ressens sur mes joues. C'est parti, me voilà que je suis gêné.
- Euh ... Non... Pardon..
Il se penche dangereusement vers mon visage en fronçant les sourcils sur mes yeux. Je suis totalement paralysé, il l'a vu, il en joue et passe une de ses mains sur la mèche devant mon visage en la décalant, puis murmure:
- Toi aussi tu as un joli piercing.
En effet, je suis percé à l'arcade sourcilière droite. Je ne réponds pas et me contente de ne pas bouger, non pas que je n'en ai pas envie, mais je suis plus que troublé, il le remarque et il en joue ce salaud. J'y crois pas, il recule avec un sourire en coin sur les lèvres. Je secoue légèrement ma tête et le regarde en prenant un air effacé, presque hautain.
- Oui, merci. Bon, je te laisse à ton déménagement. On se croisera surement plus tard, Tom.
- J'y compte bien. A plus tard Bill.
Il me lance un regard plus que provocateur et me tourne le dos en montant les escaliers, ne me lançant plus aucun regard. Je retourne dans mon appartement, ferme la porte et m'adosse contre celle-ci en réfléchissant à ce qui vient de se passer. Ce mec vient de retourner une situation en deux secondes chronos, il était gêné, et m'a rendu gêné en prenant le dessus. Putain de mec, pourquoi faut-il qu'il soit si beau...